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De tous temps, on a dit de Jamioulx qu'il était "la petite Ardenne" du Pays Noir ( certains disent aussi "la petite Suisse" ); cette comparaison, bien qu'exagérée, est due au relief accidenté du village.
En effet, Jamioulx est construit de part et d'autre de sa rivière qui coule à 120 m. au dessus du niveau de la mer, sur des pentes qui atteignent 220 m. aux points culminants, soit une dénivellation de 100 m. sur une distance n'excédant pas 1500 m. au droit de chaque rive de l'Eau d' Heure.
C'est cette configuration "en cuvette", combinée à un paysage bucolique à souhait, qui confère à Jamioulx ses allures de village de montagne; seuls les hauts sommets manquent au tableau !!!
Plus tangibles sont les conséquences d'un tel relief; en hiver, par exemple, il n'est pas rare de voir la neige tomber sur le haut des "Bruyères" et à "la pannerie", tandis qu'i pleut sur la place ... en été, par contre, si un orage violent éclate, c'est le bas du village qui voit dévaler toute l'eau que le sol des pentes abruptes n'a pu absorber.
Une autre conséquence, c'est la multitude de sources qui truffe littéralement les terrains plongeant vers "l'Eau d' Heure" à partir de la cote 140. C'est ainsi qu'il n'est pas rare de découvrir, par exemple au cours de travaux de restauration, ce que l'on appelait autrefois des "seuwes", terme wallon qui désigne de petites canalisations, généralement en brique, destinées à dévier ces sources pour éviter qu'elles n'apportent de l'humidité dans les caves. L'égouttage public remplace efficacement ces "seuwes", mais il faut être très prudent avant de les supprimer ou de les boucher systématiquement ...
Enfin, toutes les rues de Jamioulx accusent une pente plus ou moins forte, ce qui fait dire aux habitants et aux promeneurs que pour habiter le village, il faut un bon coeur et de bons mollets.
Coulant du sud vers le nord, "L' Eau d' Heure" traverse Jamioulx de part en part. Elle prend sa source à Cerfontaine et se jette dans la Sambre à Marchienne-au-Pont.
Ses eaux, tantôt torrentueuses, tantôt paisibles, ont contribué autrefois à l'essor industriel de Jamioulx en fournissant la force motrice à plusieurs moulins installés sur ses rives.
Elle doit son nom au fait que, autrefois, elle entrait en crue dans l'heure qui suivait la chute de fortes pluies, phénomène d'ailleurs réversible quand cessait la pluie. C'est ainsi que le "Par delà l'Eau", le "Lôri", la "Foliette" et "les prés" connaissaient chaque année des inondations spectaculaires, parfois même destructrices. Cette situation n'existe pratiquement plus depuis la mise en service des "Barrages de l'Eau d' Heure".
"L'Eau d' Heure" ne connaît pas de grave pollution industrielle; seuls les égoûts qui s'y jettent rendent parfois son eau douteuse.
Trois ruisseaux alimentent " L'Eau d' Heure" au départ de Jamioulx; ils ont pour noms: le "Ruisseau de la place", le "Ruisseau du marteleur" et le "Ruisseau de la forêt"; les deux premiers naissant dans "le bois de Lobbes", sur le versant Est, tandis que le dernier voit le jour dans "le bois de la forêt", sur le versant Ouest. Pour la traversée du village, ces ruisseaux sont collectés par l'égouttage public.
De nombreuses sources jaillissent un peu partout vers les 130-140 m., mais il en est une qui vaut d'être citée: "La Pichlotte", qui surgit au lieu-dit "le Lôri". Son eau est si pure (plusieurs analyses l'ont prouvé) que les fermiers d'antan venaient s'y approvisionner en eau potable, et aussi pour laver leur beurre.
Jamioulx est alimenté en eau potable par la S.N.D.E., d'une part par Gerpinnes ("le Rostimont" et la place), d'autre part par Montignies-le-Tilleul (le reste du village). Toutes les rues de Jamioulx bénéficient de l'égouttage public qui, hélas, se jette ... dans "L'Eau d' Heure".
Enfin, quelques étangs naturels se sont formés le long de la ligne de chemin de fer; ils sont alimentés par de nombreuses sources qui surgissent à ce niveau. Ils ne sont toutefois pas accessibles aux promeneurs, compte tenu qu'ils sont tous situés en propriétés privées.
Il suffit d'un coup d'oeil pour constater que Jamioulx est niché au milieu des bois; en fait, 1/3 de sa superficie totale, soit près de 100 Ha, en est couverte.
Ces bois sont constitués, en grande majorité, de chênaies comprenant surtout des chênes atlantiques, associés à d'autres essences selon la nature du sol:
à des charmes dans les plateaux profonds et riches, avec au sol, des jacinthes et du muguet.
à des bouleaux dans les terrains pauvres.
à des aulnes au bord des ruisseaux.
D'autres chênaies sont constituées de chênes sessiles et pédonculés, associés à des mélèzes et des hêtres. On trouve aussi beaucoup de saules dans toute la vallée de l'Eau d' Heure où il est très commun, alors qu'il n'est pas très abondant sur le territoire belge.
Les terrains non boisés sont également intéressants, avec des bruyères et des genêts sur les hauteurs sablonneuses du plateau dit "des Bruyères" et plusieurs variétés de mousses dans les endroits humides et marécageux qui rappellent les Fagnes.
Quant aux espèces florales et herbacées, elles sont représentées par toute la gamme des fleurs et herbes de prairies avec, sur les versants Sud de la vallée de l'Eau d' Heure, du muguet, des pervenches et des néfliers, comme en Europe centrale. Enfin un "carex" extrêmement rare en Belgique, est très commun à Jamioulx.
La faune est particulièrement riche en oiseaux; 45 Ha de bois ont d'ailleurs été mis à la disposition des réserves ornithologiques de Belgique pour les protéger.
Parmi les plus courants, on observe la mésange charbonnière, la mésange bleue, la mésange à longue queue, l'étourneau, le rouge-gorge, la pie et le pivert, sans oublier les nombreux faisans qui peuplent nos bois.
Les mammifères abondent également; on y rencontre toutes les espèces qui peuplent habituellement les bois ardennais, à l'exception du grand cerf et du sanglier qui ont existé jadis, mais qui se font extrêmement rares.
Par contre, il arrive de se retrouver face à un chevreuil et, par nuit claire, si l'on est patient, on peut encore admirer des biches venant boire au ruisseau de la Forêt !
Les renards se font rares et, par voie de conséquence, les lièvres et les lapins se multiplient; l'ancienne carrière est leur lieu de prédilection pour élire domicile, et là aussi, on peut jouir du spectacle de tous ces petits derrières blancs qui détalent en tous sens si l'on surgit brusquement parmi eux.
Au siècle dernier, Jamioulx a connu un développement industriel extraordinaire pour un si petit village; le travail du fer était sa spécialité, avec ses clouteries, sa platinerie, sa fonderie, sa martelerie d'acier et son atelier de tournage. Si l'on ajoute à cela un moulin à farine, une poterie, une brasserie, une pannerie, un four à chaux et tous les artisans tels que menuisiers, charron, forgeron-maréchal-ferrant, etc. Ainsi que les femmes qui fabriquaient des balles à jouer ... on constate qu'une intense activité devait régner à Jamioulx ! La plupart de ces ateliers étaient installés au bord de la rivière qui alimentait leurs roues hydrauliques, tandis que d'autres utilisaient la vapeur. L'avènement de l'électricité permit la mécanisation et les nombreuses industries qui se développèrent autour de Charleroi, réduisirent peu à peu ces ateliers au silence.
Actuellement, il ne reste que des vestiges du four à chaux et l'ancienne carrière abandonnée, la poterie est transformée en maison d'habitation, et l'atelier de tournage, de même que la forge, ont fermé leurs portes il y a quelques années. Seule la platinerie est toujours en activité, sous l'appelation S.A. Forges & Platineries Hainaut-Carlier. La vieille usine est toujours en activité avec ses presses, ses marteaux-pilons et ses fours de forge; quant au nouveau hall, il abrite principalement des fours modernes de traitements thermiques.
Une autre entreprise familiale, les Ets Fayt-Carlier, spécialisés dans le commerce de graines, d'engrais et d'aliments pour bétail; l'aspect industriel réside dans le séchage des grains que leur apportent les fermiers de la région à l'époque de la récolte, et à l'entreposer dans des silos pour ensuite le vendre au gros et au détail. Le siège social et la vente se font à Jamioulx, mais par raison d'exiguité et de pollution ( poussières et bruit ), les installations de séchage et les silos ont du émigrer à Marbaix-la-Tour.
Enfin, un entrepôt de produits diététiques suisses, les Ets Strath, occupent également quelques employés.
L'église, dédiée à St. André, fut construite en 1861, en remplacement de la chapelle, trop exiguë, qui datait de 1351. Elle est de style roman et construite entièrement en briques fabriquées dans la région; son clocher, très effilé, renferme deux cloches. Elle est entourée par le vieux cimetière où l'on retrouve de très vieilles pierres tombales; en 1947, un deuxième cimetière fut aménagé en prolongement du premier, avec une pelouse d'honneur pour les victimes de la guerre.
Le monument aux morts fut érigé en 1930 et inauguré à l'occasion des fêtes du centenaire de la Belgique.
Parmi les nombreuses chapelles qui, hélas, ne sont pas toutes datées, il y en a de très anciennes, telles la chapelle de l'ange gardien à la rue des Déportés qui date du XVIème siècle, la chapelle N.D. de Walcourt à la rue de Nalinnes qui date de 1815 et la chapelle Ste Barbe sur la place du Try qui date du XVIIème siècle; les autres, plus récentes sont dédiées à St Antoine et N.D. de Hal à la rue des Bruyères, N.D. de Lourdes à la rue des Déportés, N.D. de grâce à la rue Vandamme, Ste Rita à la rue Thomas et St Roch à la rue Baudhuin Leprince.
L'ex-maison communale et les écoles qui ne forment d'ailleurs qu'un seul et même complexe, ont été construites en 1856, ce même bâtiment comprend également la maison de l'instituteur en chef.
La cure et son annexe qui sert de bibliothèque datent très probablement de la même époque.
Parmi les bâtiments plus récents, citons la salle paroissiale, dénommée Notre Foyer qui est la seule permettant de se réunir au village. Construite avec l'aide bénévole de plusieurs habitants, elle était destinée à abriter nos jeunes du patronage et fut d'ailleurs inaugurée en grande pompe par Mgr Descans, mais bien vite, le curé de l'époque trouva plus rentable de la mettre en location pour banquets, expositions et activités diverses !
Enfin, la dernière construction en date, de loin la plus grande, mais hélas... la moins réjouissante: la prison. Mise en service en 1975, elle remplace celle de Charleroi. L'aménagement très sophistiqué de cet établissement le classe parmi les plus modernes du monde. En bref, elle comporte 200 cellules avec mobilier et sanitaires décents et équipées d'un parlophone, 3 studios de radiodiffusion, 5 salles d'audition, 1 salle de lecture, 1 bibliothèque, 1 salle de jeu et de gymnastique, 1 salle de cinéma, des ateliers de bricolage, 1 terrain de basket, etc. Sa particularité: une surveillance électronique continue composée de 38 caméras reliées à 9 écrans au centre de garde. Des "sonars" détectant tout mouvement suspect dans les couloirs, complètent cet équipement pour la surveillance de nuit. "Prison de luxe" a-t-on dit à l'époque... oui mais c'est toujours une prison !!!
La "Jamelovienne" est une noble dame rousse, avec un chapeau blanc. Après avoir goûté cette bière ambrée, vous reviendrez chaque année durant les féeries lumineuses pour la déguster.
La "biroute de Jamioulx" cuite au barbecue est un véritable régal ( torsade de porc, jambon et fromage + épices ) réalisée de main de maître par Michel Seret et vendue à l'occasion des fêtes de fin d'année.
Si vous aimez le chocolat et la crème pâtissière, il n'y a pas de raison pour que vous n'aimiez pas la "tarte de Jamioulx". Réalisée avec l'amour d'un pâtissier artisan, cette tarte surprendra vos invités lorsqu'ils la laisseront fondre dans leur bouche.
Deux variétés de pralines sont offertes au goût du visiteur: les "lothieu" ou les "clous", fabriquées de manière artisanale.
Trois langues sont utilisées en Belgique: le français dans la partie Sud du pays contiguë à la France, le néerlandais dans la parie Nord contiguë aux Pays-Bas et l'allemand dans la partie Est contiguë à l'Allemagne.
Jamioulx étant situé dans la partie francophone du pays, on y parle officiellement le français.
Quant au dialecte, c'est le wallon, dialecte roman de la langue d'oïl, langue parlée autrefois au Nord de la ligne Poitiers-Grenoble en France. D'où l'appellation de wallons pour tous les habitants de la partie francophone du pays, et de Wallonie pour le territoire correspondant.
Le wallon comprend de nombreux patois selon les régions et celui de Jamioulx est proche du patois de Charleroi, avec encore toutefois certaines différences.
Pour parler de blason populaire, il faut en connaître la signification; il s'agit d'un nom ou un surnom collectif, souvent moqueur, donné aux habitants d'un village ou d'un hameau. Leur origine est souvent très ancienne et, à ce titre, ils font partie du patrimoine traditionnel du village au même titre que les lieux-dits; ils méritent donc d'être sauvés.
Si certains d'entre eux sont transparents, en ce sens qu'ils se laissent aisément interpréter, d'autres restent mystérieux, notamment celui des "gens de Jamioulx"... On les appelle LES LOTCHEUS.
Que d'hypothèses n'a pas suscité ce blason! Lotcheu serait une déformation d'un nom de famille d'autrefois très répandu dans le village, les "Lothier", ou encore se rattacherait au mot français "luthier", ou même serait un lointain écho de l'ancienne Lotharingie...
Les dialectologues se sont penchés sur cette appellation, mais ils ne parviennent as à se mettre d'accord; Emile Lempereur, originaire de Châtelet, fournit la forme "Lotchwè" où l'on retrouve l'équivalent wallon de la finale"-ois" française et si l'on considère que la finale "-wè" du patois de Charleroi-Couillet correspond à la finale "-eu" du patois de Jamioulx, on peut supposer que "Lotcheu" a bien pour origine le radical "Lotch" qui signifie... mèche de cheveux !
Tout cela reste confus et difficile à traduire par un adjectif français, mais quoi qu'il en soit le blason populaire des habitants de Jamioulx est bien "les lotcheus".
Il est évident qu'actuellement, seuls quelques natifs de Jamioulx tentent de sauver cette appellation; les nouveau-venus emploient de préférence le terme "jameloviens", dont la consonance française sonne mieux aux oreilles de ceux qui, hélas, ne savent même plus parler le patois de leurs ancêtres !
Comme dans chaque localité, il y a bien entendu la traditionnelle ducasse qui a lieu le 15 août de chaque année. Durant 5 jours les manèges enchantent les plus petits et le soir venu des soirées thématiques sont organisées par Patrick Vinet, cabaretier du village.
Pendant les fêtes de fin d'année ( du 21 décembre au 6 janvier ), les villageois font montre de créativité lors de la traditionnelle féerie lumineuse avec en prime des manifestations culturelles et artisanales.
Egalement, durant le week-end du premier mai, le syndicat d'initiative organise sa traditionnelle foire aux vins.
RATTACHEMENT DE JAMIOULX AU PAYS DE LIEGE
L'abbaye de Lobbes, qui s'élevait sur la rive gauche de la Sambre, à 3 Km au Nord-Est de Thuin, fut fondée en 655 par Saint Landelin. Elle se classe parmi les plus anciennes abbayes qui ont été établies sur le sol belge.
Saint Ursmer, premier abbé (mort en 713), fut enterré dans l'église de Lobbes, et au Xème siècle, après sa canonisation, l'église lui fut dédiée. Les religieux de Lobbes paraissent avoir suivi de fort bonne heure la règle de Saint Benoît, le législateur du Mont Cassin.
En 868/869, l'évêque Jean de Cambrai, en exécution de l'ordre du roi Lothaire II, fit rédiger la liste exacte des propriétés de l'abbaye de Lobbes. C'est là que l'on y retrouve Jamioulx sous le nom de Jambimiel parmi les localités de l'Entre-Sambre et Meuse, dans un répertoire qui porte le nom de polyptique ou pouillé.
En 889, Arnould de Carinthie, roi de Germanie, donna le monastère à François, évêque de Liège, qui le reçut en pleine propriété et à perpétuité pour son église.
D'après cette donation, une moitié fut attribuée aux religieux pour leur subsistance, l'autre moitié passant parmi les revenus de l'Eglise de Liège; cette dernière part comprenait entre autres, les villas du "pagus" de la Sambre, avec le prieuré d'Aulne, et surtout le château de Thuin avec les nombreux fiefs qui en relevaient, dont Jamioulx.
Pendant les 70 premières années de la réunion à l'Eglise de Liège, le monastère resta sous l'autorité direct du prélat liégeois, mais en 961, l'évêque Eracle, désirant soustraire l'abbaye aux troubles et aux compétitions qui agitaient souvent l'évêché de Liège, rendit à Lobbes son indépendance en lui donnant un abbé particulier. Cet acte capital restaura la vie religieuse dans sa pureté primitive et exerça une grande influence sur les études à Lobbes.
En rendant la dignité abbatiale, Eracle dut cependant réserver la plupart des biens du monastère à l'Eglise de Liège, dont une grande partie de l'Entre-Sambre et Meuse. C'est ainsi que Jamioulx passa au pays de Liège.
Lors des travaux d'aménagement du lotissement "Plein Sud", on a retrouvé une borne en forme de trièdre, datée 1726 et portant encore, bien visibles, la croix de Lorraine, symbole de l'abbaye de Lobbes, les clés croisées, symbole de l'Eglise de Liège et la marque M.S.M. signifiant Mont-sur-Marchienne.
A Gozée, dans les campagnes à droite de la route allant vers Thuin, une ferme fortifiée est perdue dans la plaine. Cette ferme-château, nommée Beaudribus, était un bien épiscopal. Elle fut cédée à l'abbaye d'Aulne par Henri II de Leyen (Leez), Prince-Evêque de Liège de 1145 à 1164. Cette donation fut confirmée en 1199 par le Prince-Evêque Albert de Cuyck qui règna sur la principauté de 1194 à 1200. Dans les dépendances de la ferme de Beaudribus, se trouvait, entre autres biens, une prairie de deux bonniers et demi (1 Ha 87 a) située à Jamioulx.
DEMEMBREMENT DE LA CHAPELLERIE DE SAINT ANDRE
Jamioulx ( hamulus = petit hameau ) faisait partie de la paroisse de Nalinnes de temps immémorial, comme le porte en 1568, l'acte d'érection de la cure ( a tempore hominum memoriam excedente ).
Un vicaire-bénéficier de Nalinnes desservait la chapelle Saint André au hameau de Jamioulx; pour honoraires de cette desservitude, haute noble Dame Emezon de Banauchy avait, le 10 avril 1351, fondé le bénéfice de Saint André, apôtre, qui consistait en terres, prairies, etc. Situées à Nalinnes, Jamioulx et Ham-sur-Heure, d'une contenance d'environ 3 Ha 90 ca, plus diverses rentes en argent et en nature s'élevant à un capital de 1056 francs.
En 1565, les habitants de "Jamignoul", demandent que leur hameau soit séparé de la paroisse de Nalinnes et érigé en paroisse distincte. Dans leur requête, ils font savoir les motifs suivants: la distance qui les sépare de Nalinnes, la montagne, et aussi une certaine vallée à franchir, le terrain rocailleux et abrupt, les ruisseaux qui débordent et les inondations qui en résultent, les difficultés que rencontrait l'administration des Saints-Sacrements: il n'était pas rare d'avoir des morts sans les sacrements et sans baptême solennisé.
Le curé de Nalinnes consentit à la condition que les habitants de "Jamignoul" se rendent chaque année processionnellement à l'église de Nalinnes, le jour de la purification de la Sainte Vierge, offrant à la dite église cinq blancs deniers d'argent pour l'entretien de l'église, et qu'ils paient au curé de Nalinnes l'offrande habituelle dite de Pâques ( chaque chef de ménage donnait 18 deniers de Brabant ).
Les habitants de "Jamignoul" acceptent ces conditions et s'engagent en outre:
à augmenter la dotation de leur chapelle en faveur de leur futur curé, d'une rente de 25 florins,
à lui bâtir un presbytère,
à lui livrer chaque année 6 cordes de bois ( 2 stères environ ) avec les fagots,
à lui payer tous les ans en la semaine sainte pour ses "jamas" pascaux ( offrande des chefs de ménage au curé pour les grandes fêtes religieuses ), 5 patards de Brabant.
Le 1O mars 1568, Maître Robert, curé de Nalinnes et Dom Ermin François, coadjuteur du R.P. Abbé de Lobbes, devant Jean-Michel, le notaire public, firent cession de la dite chapelle Saint André.
Le 6 avril suivant, Gérard de Gresbeck, Cardinal-évêque de Liège ( 1562-1580 ), érige la chapelle de Jamioulx en église paroissiale, unit le bénéfice de Saint André qui avait été fondé, à la cure, approuve le supplément de dotation fourni par les paroissiens avec toutes les autres conditions, et il exempte même les gens donateurs de Jamioulx de toute nouvelle obligation à l'égard de la nouvelle paroisse. L'entretien de l'église et les frais du culte sont à la charge du Prince-Evêque.
Le Prince-Evêque nomma comme curé de Jamioulx, Jean Willot, prêtre de Liège. Dans la suite, c'était le curé de Nalinnes qui avait droit de présenter le sujet pour la cure vacante, Jean Willot résigna ses fonctions la même année et le curé de Nalinnes désigna M. Antoine Hanon pour le remplacer ( Annales archéologiques de Mons-1890-Tome 22, pages 513/518).
En 1794 survint à Aulne l'invasion française commandée par Jourdan et le sinistre Charbonnier (appelé aussi "général Gayette", il était belge et d'origine boraine). Les autrichiens ne purent arrêter les français. Les abbayes d'Aulne, de Lobbes et bien d'autres encore furent saccagées, pillées et incendiées. Les moines d'Aulne se sauvèrent et certains se réfugièrent à Beaudribus.
NAPOLEON ET LE CURE DE JAMIOULX
Jean-Nicolas Genicot, 14ème curé de Jamioulx, aimait à raconter, paraît-il, la petite histoire suivante:
" Le 14 juin 1815, veille de la bataille de Ligny, les troupes françaises, en marche sur Charleroi, défilaient à travers le village de Jamioulx. Quelle ne fut pas la surprise du vénérable curé d'apercevoir tout à coup, dans un pré voisin du prsbytère, appuyé contre le tuteur d'un jeune poirier, les mains derrière le dos et perdu dans sa rêverie... Napoléon !
L'abbé s'approcha, l'empereur lui tendit la main et lia conversation avec lui. Étonné sans doute de rencontrer tant de dignité et d'élévation de pensée chez cet humble curé de campagne, Napoléon prit un carnet et, lui présentant une page blanche, l'invita à y inscrire son nom et celui de sa paroisse. Lui-même y ajouta une marge, ces deux mots firent tressaillir le coeur du vieux prêtre: "Evêque de Tournai"!
Evêque de Tournai, sans doute le serait-il devenu réellement si, 4 jours plus tard, dans la plaine de Waterloo, la victoire avait souri à l'empereur... Mais le reflux désordonné des belles troupes qu'il avait vu marcher à la bataille, vint le priver bientôt de tout espoir.
Le vieux curé arracha le pieu contre lequel s'était appuyé l'empereur et le suspendit dans son cabinet de travail, il l'appelait avec ironie... "Mon bâton d'évêque".
JAMIOULX ET LA GUERRE
Si la guerre 40-45 n'eut pas de fait marquant spécifique à Jamioulx, celle de 14-18, par contre, l'a marqué profondément lors de la débâcle allemande.
Nous sommes en novembre 1918, l'armistice vient d'être signé et les troupes allemandes s'apprêtent à évacuer notre pays. Partout, c'est la joie, et le 14 au soir, les habitants de Jamioulx se couchent, confiants dans l'avenir.
Soudain, sur le coup de minuit, les cloches sonnent à toute volée, réveillant en sursaut le village endormi; tout le monde se précipite dans la rue, on s'interroge, et on apprend que les barbares teutons ont bouté le feu au train de munitions stationné en gare de Jamioulx.
C'est alors l'alarme générale, on rentre dans les maisons pour se terrer dans les caves alors voûtées et solides, et on attend... pas longtemps d'ailleurs car les premiers obus commencent à exploser.
C'est alors une suite ininterrompue d'explosions d'une intensité inouïe qui durera d'interminables heures, la plus forte déflagration ayant lieu vers 1 heure et demie du matin, projetant toutes sortes de projectiles aux 4 points cardinaux, éventrant les maisons et rendant les habitants terrés dans leurs caves, fous de frayeur, et transis de froid !
Ce n'est que vers 7 heures du matin, lorsque les explosions s'espacèrent en perdant de leur intensité, que les premiers villageois, épouvantés, se rendirent prudemment sur les lieux du drame.
Le village était complètement dévasté, pas une seule construction n'avait échappé à une telle puissance destructrice, mais heureusement, on ne déplorait aucune victime. Cet événement a été relaté par Paulin Brognaux dans "la nuit tragique".
LES ECOLES A JAMIOULX
La règle qui prescrit qu'auprès de chaque église paroissiale, il y avait une école, est presqu'aussi ancienne que le christianisme. On la trouve rappelée dans les décrets des conciles, dans les capitulaires de Charlemagne et dans la collection des décrets du pape Grégoire IX.
Les instituteurs, à cette époque, étaient des prêtres qui remplissaient en même temps la fonction de vicaire ou de sacristain. Quelquefois, le "marguillier" ( membre du conseil de fabrique chargé d'administrer les biens d'une paroisse ) était chantre et instituteur. C'était le curé qui choisissait les hommes capables d'enseigner.
Un fait qui pourrait surprendre, c'est qu'au milieu des désordres publics du XIIème au XIVème siècle, il y avait un grand nombre d'écoles tenues par des ecclésiastiques, non seulement dans les villes, mais aussi dans les campagnes; chaque paroisse un peu populeuse avait la sienne.
C'est surtout au XIIème siècle que l'enseignement moyen se répandit, mais il ne faut pas croire que l'ignorance régnait parmi nos ancêtres... dans chaque village, il y avait sinon des savants, au moins des hommes instruits. En effet, jusqu'au XIVème siècle, les actes des cours de justice étaient rédigés en latin donc, mayeurs, échevins et greffiers avaient tous un certain degré d'instruction qu'ils avaient acquis dans les écoles du pays.
En 1713, selon le concile de Thuin, l'école de Jamioulx était tenue par un sacristain laïque, et ce n'est qu'au siècle suivant que les instituteurs de métier prirent en main l'enseignement à Jamioulx.
En 1862 fut fondée une école industrielle à Jamioulx, par M. Omer Hiernaux, ingénieur-dessinateur aux usines de Couillet. Il donnait son cours à l'étage du café Louis Finet, près de la ligne du chemin de fer; plus tard, l'école fut transférée dans la maison contiguë. Vers 1880, l'école fut transférée dans un local construit par M. Philibert Hembise et situé à côté de la gare.
Le 25ème anniversaire de l'école fut fêté en 1887 sous la présidence de M. T. Serstevens, sénateur à Marbaix-la-Tour. Plusieurs centaines d'anciens élèves y assistèrent et, à cette occasion, une grande fête avec tribune fut organisée sur la Grand Place.
La population de l'école s'élevait à l'époque à plus de 250 élèves qui venaient des environs et de la province de Namur, leur déplacement était assuré par le chemin de fer du Grand central belge. Les cours comportaient 4 années d'études et préparaient à l'école industrielle supérieure de Charleroi.
En 1891, l'administration communale en décida la suppression sous le prétexte que la commune aurait à supporter une partie de la pension allouée aux professeurs; l'école fut alors transférée à Walcourt sous la direction de M. Hiernaux.
LE CHEMIN DE FER
L'ancien domaine d'Aulne est nationalisé et revendu en 1845. Le terrain de Jamioulx est acheté par l'Etat et remis à la société William Richards et Cie, entrepreneur du chemin de fer de l'Entre-Sambre et Meuse. Ainsi s'établit un des premiers actes du chemin de fer qui allait bouleverser bien des habitudes à Jamioulx.
La compagnie du chemin de fer de l'Entre-Sambre et Meuse est fondée le 20 mars 1838. Les fonds ont été réunis à Londres et les travaux démarrent peu à peu. Le 27 novembre 1848, le tronçon Charleroi-Walcourt-Morialmé est ouvert à la circulation sur 36 Kms ainsi qu'une ligne latérale Berzée-Laneffe. La ligne principale, en direction de Couvin, atteint Silenrieux le 6 novembre 1852. Cerfontaine est atteint le 31 décembre 1853, Mariembourg le 8 juin 1854, Couvin et Treignes le 15 juin. En 1856, le 6 septembre, est fondée la société privée "Le chemin de fer de Chimay" avec le concours financier du Prince de Chimay. Deux ans plus tard, Mariembourg est relié à Chimay et en 1859 à Momignies.
Une autre ligne de chemin de fer part également de Jamioulx pour relier au réseau toutes les industries naissantes de la région de Marcinelle et Couillet. Cette ligne, réalisée par les chemins de fer de l'Etat est mise en service le 20 novembre 1882. Elle traverse le chemin reliant le village à la route Charleroi-Beaumont et passe sous la rue des Bruyères (le champs de course) à Marcinelle, dans la partie la plus basse. Elle traverse la route Charleroi-Philippeville sur le pont des Hauchies. Cette ligne porte le nom de ligne de Couillet.
Jamioulx est devenu par la suite une gare de formation. Elle ne compte pas moins de 14 voies. Le terrain est surtout constitué par un apport de cendrées de locomotives sur une épaisseur de près de 6 mètres. Ce travail est réalisé par des prisonniers russes pendant la guerre 14-18. Cette gare de formation est supprimée peu à peu à partir de 1918 et transférée à Monceau.
En 1918, la nuit du 14 au 15 novembre, les allemands, qui ont signé l'armistice 3 jours plus tôt, mettent le feu à plusieurs trains de munitions en gare de Jamioulx. Dans ces trains, plusieurs wagons contiennent également des bandes de pansement. De 1 heure du matin à 7 heures, c'est une succession d'explosions qui secouent le village. Lorsque, au petit matin, les habitants osent enfin sortir, c'est pour constater une épouvantable dévastation. Tout le centre du village n'est que ruine et désolation, toits effondrés, pans de murs branlants. Les nouveaux bâtiments communaux et les nouvelles écoles datant de 1905 sont sérieusement endommagés de même que l'église. Par miracle, ce cataclysme ne fait aucune victime. Paulin Brogneaux, poète de chez nous et maître d'école de 1881 à 1910, a décrit, en termes bouleversants, les dégâts dans un texte intitulé "la nuit tragique".
La société Nationale des chemins de fer Belges, fondée le 23 juillet 1926, prend, à partir du 1er septembre, l'ensemble du réseau de l'Etat sous son autorité, pour une durée de 75 ans. Les compagnies privées substituantes sont incorporées au réseau de la SNCB le 10 mai 1940.
COUTUMES ET DISTRACTIONS D'AUTREFOIS
A l'exception de la ducasse annuelle, toutes les coutumes d'autrefois ont disparu; il faut dire qu'à l'époque, les distractions étaient plus rares qu'aujourd'hui, d'où le caractère solennel que revêtait certaines fêtes.
C'était le cas, par exemple, pour la Saint Grégoire qui se fêtait le 12 mars; les écoliers apportaient un oeuf de poule à l'école, le maître les frappait l'un contre l'autre et le plus résistant désignait son propriétaire roi d'un jour, il en était de même pour la reine. Par la même occasion, on désignait le "cache-baudet" qui serait chargé, lors des promenades, de ramener au groupe, les traînards.
Pour en revenir aux oeufs, ils n'étaient pas perdus pour autant, l'épouse du maître les employait pour faire des tartes que l'on dégustait tous ensemble, tandis que l'on fêtait le maître en lui offrant du chocolat, des pipes en terre et autres objets. L'après-midi était consacré à une longue promenade dans une localité voisine.
Quant à la ducasse, elle avait lieu le premier dimanche de septembre et durait 3 jours; 3 jours de mangeailles et de beuveries ( il n'y avait pas moins de 44 "cabarets" au village ! ) suivies chaque fois d'un bal populaire.
Le mardi après-midi, avait lieu le marché comique où des travestis parcouraient le village en faisant des pitreries et des farces de toutes sortes à leurs concitoyens.
Après ce marché comique, tout le monde se réunissait sur la place où était dressé un immense bûcher; on y boutait le feu et, jusqu'au petit matin, ce n'était que farandoles au son de la fanfare; on appelait cette cérémonie: "enterrer l'ducace".
A part cela, Jamioulx ne connaissait guère d'autres distractions que le jeu de balle, le jeu de quilles, les carrousels à chevaux de bois et les festivités carnavalesques.
Il ne faut toutefois pas oublier l'élément le plus caractéristique du folklore de Jamioulx: "la Pasquiye".
La pasquîye de Jamioulx était une longue chronique satirique ( très gauloise ), en vers wallons, racontant les fredaines faites par la jeunesse locale pendant l'année écoulée.
En fait, la pasquîye était à la fois un divertissement et une sorte de censure des moeurs. La dernière a eu lieu en 1930 à l'occasion des fêtes du centenaire.
La pasquîye était lue par deux chefs de jeunesse, juchés sur un char, devant l'église, l'après-midi du dimanche qui suit le mardi-gras, et le soir, c'était le "grand feu", coutume toujours en vogue dans certains pays de l'Europe centrale, et qui consiste à chasser les malheurs de l'hiver et à saluer le printemps.
